Témoignage en faveur de CSF par Omar Belkheir

Ma relation avec CSF a commencé par le hasard des choses ; Le ministère de l’enseignement supérieur d’Algérie tentait de réduire la liberté de circulation des chercheurs algériens à travers une note ministérielle datant du mois de mai 2010, dans laquelle il est stipulé que tout déplacement des chercheurs à l’étranger pour communiquer, doit être soumis, préalablement, à une autorisation du ministère des affaires étrangères. A ce moment là, je découvre que d’autres chercheurs dans le monde, y compris ce que nous appelons le monde libre, subissent les mêmes harcèlements et même pire, allant jusqu’à être attaqués en justice, ou bloqués dans leur carrière, uniquement parce qu’ils ont exprimé leurs opinions, purement scientifiques, sur des phénomènes sociaux ou politiques relevant de leur pays et du monde, tout court.

Durant la période où, en Algérie, une pétition circulait pour tenter de fléchir le gouvernement et ainsi retirer la dite note ministérielle, j’ai trouvé une autre pétition sur le net, émanant cette fois-ci des collègues français, faisant état de harcèlements envers des chercheurs qui n’ont fait qu’exprimer leurs opinions expertes à propos des affaires du pays. Je n’ai pas hésité à signer cette pétition à la philosophie de laquelle je m’identifiais par ma fonction de chercheur, mais aussi par le fait d’être un être humain qui ne cherche qu’à évoluer honnêtement dans ce monde de fous. J’ai tout de suite fait circuler la pétition auprès de mes collègues algériens pour qu’ils sachent que leur lutte pour garantir leurs droits en tant qu’êtres humains et en tant que chercheurs doit dépasser leurs frontières.

Une fois encore, le hasard a bien fait les choses ; je me suis retrouvé à Paris durant le mois d’octobre pour un stage à l’université Paris 3, j’ai reçu un mail du collectif ayant été à l’origine de la pétition initiée pour cesser les harcèlements contre les collègues français ; dans ce mail il m’était demandé d’assister à une réunion à la mairie de Paris pour discuter d’une stratégie pour faire face à cette situation déplorable dans laquelle se débattent les chercheurs à travers le monde entier - puisque j’ai su plus tard qu’en Turquie une collègue chercheur subit elle-même des harcèlements judiciaires pour ses opinions.

J’ai participé à la réunion, et là je découvre que la situation, que je jugerais catastrophique, des collègues français ne diffère en rien de celle des Algériens, des Turcs, des Péruviens, etc. ; la j’ai pris conscience qu’un âge semblable au Moyen-âge avec tout ce que cela signifie comme chasse à l’esprit scientifique (aux sorcières) s’installe actuellement dans le monde, en évoquant de sacro-saintes raisons économiques, culturelles, politiques, etc. et qu’il faut un contrepoids d’une dimension internationale pour contrecarrer ces attitudes d’un autre âge, qui consistent à réduire au silence des paroles expertes.

J’espère, à travers ces paroles, que les collègues chercheurs du monde entier pourront sortir du cocon dans lequel ils ont enfoui leur tête, tels des autruches guettées par le danger, pour pouvoir mieux voir et survivre au danger qui guette leur raison d’exister en tant que bougies qui brûlent pour éclairer l’humanité.

Omar Belkheir,
Maître de conférences,
Algérie.

fr/temoignages/omar_belkheir/start.txt · Dernière modification: 2011/03/25 15:19 par clrlestrat
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